{"id":311,"date":"2012-04-12T13:23:55","date_gmt":"2012-04-12T17:23:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/?page_id=311"},"modified":"2012-04-13T14:08:52","modified_gmt":"2012-04-13T18:08:52","slug":"cui-weiping-french","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/about-liu-xia\/cui-weiping\/cui-weiping-french\/","title":{"rendered":"Cui Weiping (French)"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_308\" style=\"width: 156px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/cuiweiping.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-308\" class=\" wp-image-308 \" title=\"cuiweiping\" src=\"http:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/cuiweiping-243x300.jpg\" alt=\"Cui Weiping\" width=\"146\" height=\"180\" srcset=\"https:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/cuiweiping-243x300.jpg 243w, https:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/cuiweiping-121x150.jpg 121w, https:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/cuiweiping.jpg 254w\" sizes=\"auto, (max-width: 146px) 100vw, 146px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-308\" class=\"wp-caption-text\">Cui Weiping<\/p><\/div>\n<p><strong>Communiquer par les gestes<\/strong><\/p>\n<p><em>Par Cui Weiping, professeur \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie du cin\u00e9ma de P\u00e9kin<\/em><\/p>\n<p>Novembre 1996, au nord de la Chine, le camp de travail de Dalian. Une sc\u00e8ne inhabituelle : la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019une union. Le jeune mari\u00e9, Liu Xiaobo, est envoy\u00e9 \u00e0 Dalian peu de temps apr\u00e8s son arrestation, pour purger trois ann\u00e9es de r\u00e9\u00e9ducation par le travail.<\/p>\n<p>La jeune mari\u00e9e est Liu Xia, une po\u00e9tesse de P\u00e9kin. Proche de Liao Yiwu,<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> condamn\u00e9 \u00e0 quatre ans de prison en 1990 pour la publication du po\u00e8me <em>\u00ab Massacre \u00bb<\/em> et la diffusion d\u2019un documentaire r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre de la comm\u00e9moration de la r\u00e9pression tragique du 4 juin 1989, elle perd son emploi et devient une \u00e9crivaine ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Leur mariage ? Un simple d\u00e9jeuner. <em>\u00ab Lorsque nous nous sommes mari\u00e9s, nous n\u2019avons pas re\u00e7u de livret de famille, nous n\u2019avons obtenu aucune garantie l\u00e9gale, et m\u00eame Dieu ne nous a pas remarqu\u00e9s. Comme un arbre perdu dans le d\u00e9sert, notre chambre nuptiale fut une cellule de prison. Nous nous sommes enlac\u00e9s, nous sommes embrass\u00e9s, sous le regard des gardiens. \u00bb.<\/em> Ces quelques lignes \u00e9crites par Liu Xiaobo sont les premi\u00e8res de nombreux po\u00e8mes qu\u2019il envoie \u00e0 son \u00e9pouse pendant ses trois ann\u00e9es de d\u00e9tention. Ils passent d\u2019abord par la censure de la prison avant de parvenir \u00e0 Liu Xia.<\/p>\n<p>Soumis \u00e0 une surveillance \u00e9troite, Liu ne peut poursuivre son \u0153uvre de penseur politique. Il d\u00e9cide alors de lib\u00e9rer ses sentiments autrement, en \u00e9crivant des vers bouleversants destin\u00e9s \u00e0 son \u00e9pouse.<\/p>\n<p><em>\u00ab Ma ch\u00e9rie, je suis ton prisonnier pour la vie, et je voudrais vivre \u00e0 tout jamais dans ton ombre. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Liu Xia \u00e9crit depuis longtemps. <em>\u00ab L\u2019Histoire de la mer \u00bb<\/em>, po\u00e8me r\u00e9citatif, para\u00eet dans une revue litt\u00e9raire en 1982. Quatre ans plus tard, elle publie un roman d\u2019avant- garde, qui attire l\u2019attention des jeunes auteurs chinois. Dans cette p\u00e9riode de glaciation politique, la jeunesse se passionne pour les beaux- arts, la litt\u00e9rature. Elle tente d\u2019exprimer ses aspirations \u00e0 une vie libre par la cr\u00e9ation. Autour de Liu Xia, s\u2019agite un groupe d\u2019artistes et d\u2019\u00e9crivains modernistes.<\/p>\n<p>Liu Xia commence sa s\u00e9rie de photos autour des poup\u00e9es alors qu\u2019elle se rend chaque mois aupr\u00e8s de son mari d\u00e9tenu. La similitude est troublante&#8230; Le choix de ce m\u00e9dium lui donne une nouvelle libert\u00e9 d\u2019expression, qui n\u2019\u00e9veille pas <em>\u00ab le regard soup\u00e7onneux des policiers \u00bb<\/em>, charg\u00e9s de la censure.<\/p>\n<p>Artiste sensible et humble, elle se d\u00e9crit elle-m\u00eame comme \u00ab un personnage malheureux et fragile \u00bb. Liu Xia joue \u00e0 cache-\u00e0-cache avec elle-m\u00eame : l\u2019art de la prise de vue, l\u2019art de la prise de risque. Les poup\u00e9es sont toutes de \u00ab vilains b\u00e9b\u00e9s \u00bb, elle ne souhaite pas travailler une mati\u00e8re faite de jolies figurines blondes aux yeux bleus. Cette laideur d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e est un r\u00e9v\u00e9lateur : elle d\u00e9voile le moi sombre de l\u2019artiste, <em>\u00ab cela permet d\u2019entendre toutes les voix qui hurlent au fond de ses tripes, et qui sont parfois le bruit de l\u2019effondrement \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Les corps des poup\u00e9es sont entrav\u00e9s et semblent passifs. Curieuse alchimie : l\u2019esprit reste intact, le sentiment de col\u00e8re et de r\u00e9sistance est lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la photo page 14 (01), quatre poup\u00e9es sont align\u00e9es et envelopp\u00e9es dans un plastique transparent. Elles ne peuvent plus respirer. Elles \u00e9tirent encore le cou pour regarder leur interlocuteur avec des yeux furibonds.<\/p>\n<p>Dans la photo page 40, la poup\u00e9e se retrouve dans un paysage d\u00e9sertique, \u00e9cras\u00e9e par de gros rochers. Pourtant le regard est clair, combatif.<\/p>\n<p>Un sentiment de captivit\u00e9 se d\u00e9gage des photos pages 41, 42, 43 : la poup\u00e9e est emprisonn\u00e9e dans une main, enferm\u00e9e dans une cage \u00e0 oiseaux, coinc\u00e9e entre deux bambous sans pouvoir se d\u00e9gager.<\/p>\n<p>Le public pourra s\u2019attarder sur une poup\u00e9e de gar\u00e7on : Liu Xia tente ainsi de se rapprocher, de comprendre ce que vit son \u00e9poux prisonnier. Elle signe sa vision de l\u2019enfermement, son \u00e9tat d\u2019esprit : recluse dans son propre environnement.<\/p>\n<p>Liu Xiaobo et Liu Xia sont \u00ab siamois \u00bb, les deux caract\u00e8res s\u2019accordent, les deux \u00e2mes s\u2019\u00e9pousent. Dans les photos page 21 (08) et page 44, la m\u00eame poup\u00e9e est suspendue en l\u2019air, les tortures subies en plein ciel pr\u00e9sentent une approche diff\u00e9rente. Elle a perdu sa libert\u00e9 au nom de la Libert\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019artiste pr\u00e9sente parfois deux poup\u00e9es, fille et gar\u00e7on, dans une m\u00eame sc\u00e8ne, comme dans la photo page 45 : les barreaux d\u2019une chaise symbolisent une cage, la poitrine du gar\u00e7on est entrav\u00e9e tandis que la fille semble aspir\u00e9e dans les entrailles de la terre. Le couple est-il repr\u00e9sent\u00e9 ?<\/p>\n<p>Le 2 juin 1989, 48h avant les \u00e9v\u00e9nements tragiques, Liu Xiaobo a entam\u00e9 une gr\u00e8ve de la faim sur la place. Liu Xia lui \u00e9crit : <em>\u00ab Je n\u2019ai pas pu venir te dire quoi que ce soit. Tu es devenu un personnage m\u00e9diatique&#8230; Je n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 me dissimuler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du cercle qui t\u2019entoure, pour fumer une cigarette en regardant le ciel. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>La photo page 46 : les poup\u00e9es \u2013 gar\u00e7on et fille \u2013sont s\u00e9par\u00e9es par une colonne symbolisant la porte de la Paix c\u00e9leste. L\u2019une pousse un cri, l\u2019autre se tient sur le c\u00f4t\u00e9 et regarde en silence. La repr\u00e9sentation d\u2019une situation v\u00e9cue par le couple ce jour- l\u00e0, sur cette place-l\u00e0 : une douleur intime et la douleur nationale du 4 juin 1989.<\/p>\n<p>Dans les photos page 18 (05), page 19 (06) et page 47, les fant\u00f4mes sans visage sont emball\u00e9s soigneusement. Ils repr\u00e9sentent sans doute une forme de deuil profond \u00e0 l\u2019\u00e9gard des victimes d\u00e9funtes du \u00ab 4 juin \u00bb, comme la photo page 48, remplie de bougies.<\/p>\n<p><em>\u00ab Lorsque je me trouve seule, je te vois souvent me tenir la main, et nous parcourons un livre apr\u00e8s l\u2019autre, alors mon c\u0153ur se remplit de chagrin. \u00bb<\/em>, \u00e9crit Liu Xia en f\u00e9vrier 1997. La litt\u00e9rature comme source de vie et espace de libert\u00e9 partag\u00e9, est pr\u00e9sente dans la photo page 49 : un petit homme se tient entre deux rang\u00e9es d\u2019ouvrages. Il s\u2019agit de la vie que menait Liu Xiaobo avant son incarc\u00e9ration, capable de lire, livre apr\u00e8s livre ; de celle que vit Liu Xia pendant ses trajets entre Dalian ou P\u00e9kin, un livre \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Liu Xiaobo \u00e9tait autoris\u00e9 \u00e0 lire Dosto\u00efevski, Thomas Mann, Kafka pendant ses ann\u00e9es pass\u00e9es en camp de r\u00e9\u00e9ducation. La photo page 28 (15) nous montre une poup\u00e9e ligot\u00e9e et agenouill\u00e9e devant un immense livre ouvert, une autre repr\u00e9sente une poup\u00e9e m\u00e2le grimp\u00e9e sur des \u00e9chasses avec l\u2019index de la main gauche tourn\u00e9e vers une pile de livres, comme pour dire : <em>\u00ab Voil\u00e0 le coupable \u00bb<\/em>, ou <em>\u00ab La cause de tout se trouve ici \u00bb<\/em>. Il s\u2019agit d\u2019ouvrages d\u2019auteurs am\u00e9ricains (Emerson, Thoreau, Edgar Allen Poe), qui ont si fortement inspir\u00e9 Liu Xiaobo, page 50.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 en rupture avec la tradition chinoise dans sa jeunesse, Liu Xiaobo exprime alors de vives critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la culture traditionnelle. Il partage de nombreux points communs avec le personnage le plus repr\u00e9sentatif du mouvement de la nouvelle culture chinoise, Lu Xun (1881-1936). Ce dernier \u00e9crit dans l\u2019un de ses romans : <em>\u00ab Deux mots ressortent bizarrement tout au long de notre histoire : Manger les hommes \u00bb<\/em>. Cette phrase c\u00e9l\u00e8bre est une d\u00e9nonciation du syst\u00e8me dictatorial et de la culture politique traditionnelle de la Chine. Dans les photos pages 24 (11), 51 et 52, les poup\u00e9es sont emp\u00eatr\u00e9es dans des pictogrammes. On dirait qu\u2019elles tirent la langue mais elles ne peuvent \u00e9mettre un son. Leur expression est fig\u00e9e, presque cadav\u00e9rique. Et ce protagoniste, page 53, coinc\u00e9 entre les pans d\u2019une lourde porte de m\u00e9tal. Ces sc\u00e8nes expriment une relation tendue avec la culture traditionnelle de la Chine imp\u00e9riale. La situation est ici paradoxale : ce sont souvent ceux qui \u00e9reintent le plus la culture traditionnelle, qui, au fil du temps, en deviennent les repr\u00e9sentants les plus absolus, car ils ont su l\u2019enrichir de nouvelles perspectives.<\/p>\n<p>Liu Xiaobo a d\u00fb voir quelques-unes des photos pendant son incarc\u00e9ration, il les mentionne dans un po\u00e8me \u00e9crit quelques mois avant la fin de sa peine (31 ao\u00fbt 1999). <em>\u00ab Adress\u00e9 aux poup\u00e9es \u00bb est offert \u00e0 Liu Xia, qui joue tous les jours avec son th\u00e9\u00e2tre de poup\u00e9es : \u00ab Je voudrais dire aux poup\u00e9es qu\u2019il vaut mieux ne pas s\u2019attacher trop aux sentiments profonds. Il suffit de garder les noms, et de laisser tomber les faits qui leur correspondent. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Mais ce que tu esp\u00e8res renverser avec tes poup\u00e9es, ce ne sont finalement que tes propres po\u00e8mes. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ces photos sont une fa\u00e7on de s\u2019exprimer, une fa\u00e7on de se cacher \u00e9galement, c\u2019est <em>\u00ab de la contrebande \u00bb<\/em>. Les po\u00e8mes de Liu Xiaobo ne peuvent pas \u00eatre publi\u00e9s en Chine, les photos de Liu Xia ne peuvent y \u00eatre expos\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette s\u00e9rie de photos est un vigoureux appel \u00e0 la libert\u00e9 des esprits.<\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u00c9crivain de la province du Sichuan, Liao Yiwu a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 en fran\u00e7ais par les \u00e9ditions Bleu de Chine (<em>L\u2019Empire des bas-fonds<\/em>) et Buchet-Chastel (<em>Quand la terre s\u2019est ouverte au Sichuan<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2022<\/p>\n<address>(Ceci est l&#8217;essai\u00a0\u00e9crit sp\u00e9cialement pour\u00a0le catalogue de\u00a0<a title=\"Paris, France 2011\" href=\"http:\/\/www.nearbycafe.com\/artandphoto\/liuxiaphotos\/exhibition\/exhibition-info-itinerary\/paris-france-2012\/\">la premi\u00e8re \u00e0 Paris en Octobre 2011<\/a>\u00a0de l&#8217;exposition &#8220;La force\u00a0silencieuse de\u00a0Liu Xia.\u00ab\u00a0Droit d&#8217;auteur\u00a0\u00a9 2011 par Cui Weiping.\u00a0Tous droits r\u00e9serv\u00e9s.)<\/address>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p id=\"caption-attachment-308\" class=\"wp-caption-text\">Cui Weiping<\/p>\n<p>Communiquer par les gestes<\/p>\n<p>Par Cui Weiping, professeur \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie du cin\u00e9ma de P\u00e9kin<\/p>\n<p>Novembre 1996, au nord de la Chine, le camp de travail de Dalian. Une sc\u00e8ne inhabituelle : la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019une union. 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